Son histoire
par Henri Wallon

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Pontus Heuterus


ontus Heuterus (Heviter), Hollandais né à Delft en 1535, auteur d'une histoire latine des ducs de Bourgogne qui parut seulement en 1583 (Rerum Burgundicarum libri VI), ne figure ici que pour compléter le témoignage de Georges Chastellain dont il déclare avoir eu l'ouvrage sous les yeux. Son livre, malheureusement trop succinct, ne présente que le squelette de l'histoire de Jeanne d'Arc. Nous reproduisons le seul endroit où il paraisse s'être servi de la partie anecdotique du récit de Chastellain. Ce passage a en outre le mérite de contenir une description du premier monument qui fut élevé à Orléans en l'honneur de la Pucelle. Pontus Heuterus en parle pour l'avoir vu lors d'un voyage qu'il fit en France pour perfectionner son instruction, en 1560.


Suntqui fabulam, quæ de Puella Joanna scribimus, putent ; sed præterquam recentioris sit memoriæ omniumque scriptorum libri, qui tum vixerunt, mentionem de ea præclaram faciant, vidi ego meis oculis, in ponte Aureliano trans Ligerim ædificato, erectam hujus Puellæ æneam imaginem, coma decore per dorsum fluente, utroque genu coram æneo crucifixi Christi simulachro nixam, cum inscriptione positam fuisse hoc tempore opera sumptuque virginum ac matronarum Aurelianensium in memoriam liberatæ ab ea urbis Anglorum obsidione (1).
  Ad hæc habebam, dum hæc scriberem, historiam lingua gallica manu scriptam Georgii Castellani, qui eleganter exacteque vitam Philippi Boni exaravit, teslaturque aliquot locis sese hoc tempore vixisse ac Puellam Joannam vidisse ; quæ ex ignota rusticaque puella, bellicis facinoribus eo pervenisset, ut ei rex Carolus sumptus, quibus comitis familiam æquaret, suppeteret, ne apud viros militares per causam inopiæ vilesceret. Conspiciebatur enim ejus incomitatu, præter nobiles puellas, procurator domus, stabuli praefectus, nobiles adolescentes pueri a manibus, a pedibus, a cubiculis; colebaturque a rege ; a proceribus ac imprimis a populo instar divæ habebatur...



                                            

Après avoir brièvement raconté la délivrance d'Orléans et le supplice de l'héroïne, Heutérus ajoute :

« Il en est qui regardent comme une fable ce que nous venons de raconter de Jeanne la Pucelle; mais outre que les faits sont récents, que tous les historiens du temps la mentionnent honorablement, j'ai vu de mes yeux, sur le pont jeté sur la Loire à Orléans, la statue en bronze de cette Pucelle. La chevelure flotte élégamment sur les épaules, elle est à deux genoux devant un Christ en croix, également en bronze. Une inscription atteste que ce monument a été élevé à l'époque par les soins et aux dépens des demoiselles et des dames d'Orléans, en mémoire du siège mis par les Anglais.
  En outre, pendant que j'écrivais ceci, j'avais sous mes yeux, écrite de la main de l'auteur, la Vie élégante et fidèle de Philippe le Bon, par Georges Chastellain. Il affirme en quelques endroits avoir vécu du temps de Jeanne la Pucelle et l'avoir vue. Paysanne inconnue, ses exploits militaires l'élevèrent à un rang tel, que le roi Charles lui donna le train de maison d'un comte, pour que sa pauvreté ne fût pas une cause de mépris auprès des gens de guerre. Outre de nobles demoiselles, on voyait à sa suite de jeunes nobles en qualité de secrétaires, de pages, de chambellans. Le roi l'honorait, les grands, et surtout le peuple, la regardaient comme une sainte, un petit nombre seulement comme une sorcière. Quoi qu'elle fût, il n'y a pas l'ombre d'un doute que ce qui est écrit de sa naissance, de ses exploits militaires, de sa mort, ne soit la vérité même. »

                                   


Source : Présentation et texte latin: Quicherat - t.IV, p.448.
Traduction : J.B.J Ayroles - "La vraie Jeanne d'Arc - t.IV, p.294.

Notes :
1 Note de Quicherat : Ce monument fut détruit presqu'entièrement par les calvinistes en 1567. Symphorien Guyon affirme qu'il avait été érigé sous le règne de Charles VII, peu de temps après la sentence de réhabilitation. Les mots hoc tempore dont se sert Pontus Heuterus, sont peut-être l'unique fondement de cette assertion qui a été répétée par tous les historiens d'Orléans. Il y a lieu de la révoquer en doute d'après la circonstance des longs cheveux que le sculpteur avait donnés à la Pucelle. D'ailleurs, ce n'est qu'à la fin du règne de Louis XI, que l'art de fondre les statues levées, commença à être pratiqué en France. Il serait donc plus sage de reporter à ce règne l'exécution du bronze élevé en mémoire de Jeanne d'Arc par les dames d'Orléans. Remarquons toutefois que cet ouvrage devait être en place avant la fin du XVe siècle ; cela résulte de la forme de l'armure sur les parties non détruites qui furent employées dans la restauration du monument en 1570. Paul Emile, qui écrivait sous Louis XII, comme on sait, dit, sans indication de date : Aurelianenses Puellæ statuant posuere. (De rebus gestis Francorum , lib. 10). C'est là le texte le plus ancien qu'on ait sur cet objet.
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