Son histoire
par Henri Wallon

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Chroniqueur normand anonyme


n extrait de la Chronique de Normandie, imprimée tant de fois à Rouen et ailleurs. Cette chronique qui conduit le récit des événements jusqu'à la réduction définitive de la province en 1450, a été écrite un peu après la mort de Charles VII, puisqu'il est fait allusion à cet événement dans le récit. Notre texte est conforme à celui de l'édition rouennaise de 1581.

                                         

  L'an mil quatre cens vingt-neuf, le comte de Salbery assembla les Anglois à Chartres en grande puissance et dit à maistre Jehan de Meun, magicien, qu'il vouloit aller mettre le siége à Orléans. Et maistre Jehan luy dist qu'il gardast sa teste (1). Le siége y fut mis, si que ceux de la ville, voyans que les Anglois avoient gaigné la tour du par mi du pont et que secours ne leur venoit point, demandèrent trefves pour parlementer et composer leur ville. Durant les trefves, Salbery estoit en une fenestre à ceste tour du pont, où il regardoit la ville ; et un escollier mit le feu à une pièce d'artillerye qui estoit afustée pour tirer à ceste tour : dont la pierre frappa Salbery par la teste, et en mourut. Tantost Anglois crièrent trahison, à l'arme et l'assault, lequel ils donnèrent fort contre la ville. Mais escolliers leur firent forte résistance et furent Anglois vaillamment reboutez. Au secours de la ville furent François avec la Pucelle qui lors commença à regner, et levèrent le siége des Anglois. Les Anglois se mirent en fuitte et fut prisonnier Talbot. Les François devancèrent les Anglois à Patay, et là fut la grant desconfiture des Anglois ; et doutèrent tant la Pucelle qu'il leur sembloit, par tout où elle seroit, jamais n'avoir victoire.

  En l'an mil quatre cens XXXI, messire Jehan de Luxembourg, le conte d'Arondel et plusieurs Anglois et Bourguignons vinrent à grant ost mettre le siége devant Compiègne ; laquelle chose venue à la cognoissance de Jehanne la Pucelle, pour lors estant à Laigny-sur-Marne, se partit dudit Laigny pour venir secourir les assiégez à Compiègne ; et depuis de jour en jour y eut de grandes escarmouches entre les Anglois et Bourguignons, d'une part, et ceux de la ville, d'autre part. Si advint un jour que ladicte Pucelle fit une saillie vaillamment ; mais Anglois chargèrent si fort sur elle et sa compagnie, qu'elle fut prinse. Et ce firent faire par envie les capitaines de France, pour ce que, si aucuns faitz d'armes se faisoyent, la renommée estoit telle par tout le monde que la Pucelle les avoit faits. Et fut ladicte Jehanne la Pucelle détenue en prison par les gens de messire Jehan de Luxembourg ; et puis la vendit aux Anglois qui la menèrent à Rouen. Et fut preschée à Saint-Ouen, et puis après menée au Vieil-Marché où elle fut bruslée et la poudre mise à vau le vent.

  
  Peinture : Emile Deshays (1911)

  L'an mil quatre cent vingt-neuf, le comte de Salisbury assembla les Anglais à Chartres en grande puissance, et dit à maître Jean de Meung, magicien, qu'il voulait aller mettre le siège à Orléans. Et maître Jean lui dit qu'il gardât sa tête. Le siège y fut mis, si bien que ceux de la ville, voyant que les Anglais avaient gagné la tour qui était sur le pont et que secours ne leur venait point, demandèrent des trêves pour parlementer et mettre leur ville à composition. Durant les trêves, Salisbury était en une fenêtre à cette tour du pont, d'où il regardait la ville ; et un écolier mit le feu à une pièce d'artillerie qui était afustée (pointée) pour tirer à cette tour, dont la pierre frappa Salisbury par la tête dont il mourut. Aussitôt les Anglais crièrent trahison, à l'arme, à l'assaut, qu'ils donnèrent très fort contre la ville ; mais les écoliers leur firent forte résistance et les Anglais furent vaillamment reboutés (repoussés). Les Français vinrent au secours de la ville avec la Pucelle qui lors commença à régner, et les Anglais levèrent le siège. Ils se mirent en fuite et Talbot fut fait prisonnier. Les Français devancèrent les Anglais à Patay, et là fut grande déconfiture des Anglais ; et ils redoutèrent tant la Pucelle, qu'il leur semblait que partout où elle serait ils n'auraient jamais la victoire.

  En l'an mil quatre cent XXXI, Messire Jean de Luxembourg, le comte d'Arondel, et plusieurs Anglais et Bourguignons vinrent avec une grande armée mettre le siège devant Compiègne ; laquelle chose venue à la connaissance de Jeanne la Pucelle, pour lors à Lagny-sur-Marne, elle se partit dudit Lagny pour venir secourir les assiégés à Compiègne, et depuis, de jour en jour, il y eut de grandes escarmouches entre les Anglais et Bourguignons d'une part et ceux de la ville d'autre part. Or il advint un jour que la Pucelle fit une saillie vaillamment ; mais les Anglais chargèrent si fort sur elle et sa compagnie qu'elle fut prise. Et ce firent faire par envie les capitaines de France, pour ce que, si quelques faits d'armes se faisaient, la renommée était telle par tout le monde que la Pucelle les avait faits. Ladite Jeanne la Pucelle fut détenue en prison par les gens de Messire Jean de Luxembourg ; et puis il la vendit aux Anglais qui la menèrent à Rouen. Elle fut prêchée à Saint-Ouen, et puis après menée au Vieux-Marché, où elle fut brûlée, et la cendre mise à vau le vent.


                                       
Source :
- Présentation et texte original : Quicherat, t.IV p.345 et suiv.
- Mise en Français plus moderne : "La vraie Jeanne d'Arc, t.III : La libératrice" - J.-B.-J. Ayroles - 1897, p.383 et suiv.

Notes :
1 Le même fait est ainsi rapporté par Simon de Phares dans son livre des Astrologiens célèbres : « Maistre Jehan des Builhons, prisonnier à Chartres des Anglois, grant philosophe et bon astrologien, prédist au conte de Salisbury, à Talebot et autres, leur infortune durant le siége d'Orléans et après ce qui advint ; dont il fut moult honnoré. Et le fist délivrer le roy Charles VIIe par le bastard d'Orléans, seigneur de Baugenci et conte de Dunois, et le retint de sa pension et maison honnorablement, jaçoit ce que aucuns qui encores sont de la race des Anglois. dient le contraire et qu'il mourut en prison. » (Manuscrit n. 7487 de la B. R.).
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